Cet article fait parti d’une suite d’articles qui commence par celui-ci : L’hébergement des chevaux, que de questions

Comme indiqué dans le précédant article (ici), comprendre qui est le cheval, c’est déjà répondre en grande partie à la question de l’aménagement de son espace de vie. Ainsi nous avons débuté notre réflexion en partant des besoins des chevaux : mouvement, troupeau, alimentation adaptée, stimulation cognitive. Nous avons ensuite réfléchi à la façon de concilier ces besoins avec les terrains à notre disposition et l’environnement, pour ne pas dire l’écosystème, qui s’étend autour de nous dans le nord du Limousin, à la limite de la Marche Limousine.

D’autres individus ou groupes d’individus sont également parvenus au même constat (et bien avant nous) et ont proposé des modèles d’aménagement d’environnement de chevaux. Le modèle le plus connu est probablement le Paddock Paradise®. Ce système, proposé par Jaime Jackson, s’inspire des observations qu’il a mené sur des mustangs dans la région de Great Bassin aux Etats-Unis. Le modèle propose de mettre en réseau différents espaces, comportant les ressources nécessaires à la vie du cheval (nourriture, eau, abri, jeu, etc.) grâce à des couloirs de quelques mètres de large. Répartir les ressources invite le cheval à se déplacer pour assouvir ses besoins. Toutefois d’autres modèles existent également, leur dénominateur commun est d’inviter au mouvement les chevaux en éloignant les ressources, la plupart proposent également d’avoir un regard attentif sur l’alimentation des chevaux.

Au Ottus Ranch, notre modèle d’hébergement est en accord avec le modèle proposé par l’association Equi-Pistes. En 2018, l’association a défini son système d’hébergement ainsi :

Une équi-piste est un système d’hébergement dont l’objectif principal est d’inviter les équidés à l’expression d’un mouvement fluide et continu. Il s’inscrit dans une démarche éthique globale souhaitant répondre aux différents besoins de l’espèce équine, mais également de préserver, voire d’améliorer, l’environnement dans lequel ils évoluent. Ce système doit aussi conduire à une charge de travail raisonnable et adaptée pour l’utilisateur.

Un cahier des charges a été rédigé afin de donner des lignes directrices, je vous invite à aller consulter pour plus d’informations.

Cahier des charges : qu’est-ce qu’une équi-piste ?

Au-delà de l’hébergement du cheval, au sens strict, la vision proposée par cette association est de donner au cheval un rôle actif de la gestion de son environnement ; le tout sans oublier des respecter l’humain. Dans cet article, nous allons surtout nous concentrer sur l’aménagement des espaces de vie, les relations entre chevaux, environnement et humain seront abordés dans un prochain article.

Et concrètement ?

Le Ottus Ranch dispose de deux équi-pistes aménagées selon les principes du cahier des charges : des espaces plus larges reliées entre eux par des pistes. La notion d’espace larges est essentielle, on pourrait limiter la perception d’un hébergement sur piste à ses pistes, toutefois cela serait une erreur. Les chevaux vivent, mangent, jouent, boivent, dans les espaces larges. Les pistes ne sont que des espaces de transit et non des lieux de vie. C’est pourquoi il est important que celle-ci ne soient pas trop larges, elles doivent inviter au mouvement.

Les chevaux vivent en extérieur toute l’année, en groupe. L’aspect sécuritaire est primordial pour nous, les pistes sont conçues de façon à ce qu’il n’y ait pas de cul de sac, afin de laisser la possibilité au cheval d’exprimer ses instincts de fuite s’il le juge nécessaire. Un soin particulier est porté aux clôtures et à leur entretien. Nous visons également à établir une relation de confiance avec tous les chevaux, notamment en croisant leur chemin plusieurs fois par jour dans leur espace de vie.

La notion d’espace de vie, celui des chevaux, celui des humains et leur interface est très importante au Ottus Ranch et nous y nous reviendrons un peu plus loin dans cet article. Une relation de confiance, basée sur le natural horsemanship et certains principes véhiculés par l’équitation dite éthologique, guide notre façon d’interagir avec le cheval. Notre approche permet d’avoir une relation harmonieuse exempte de rapport de force. Qu’il s’agisse d’un contrôle de routine pour s’assurer que le cheval est en bonne santé ou lors de soins essentiels, notre approche nous permet de que ces opérations se déroulent sans risque, ni pour le cheval, ni pour l’humain.

Les équidés disposent d’une alimentation à base de différents types de fourrages secs ou frais en fonction de la période de l’année. En effet, la gestion de l’alimentation est réfléchie en fonction des besoins nutritifs des chevaux, du stade végétatif des plantes, du respect d’un temps de repos suffisamment important pour ne pas nuire à la bio-diversité. Pour ce faire, nous gérons nos prés selon un principe inspiré du pâturage tournant.

Chaque équi-piste dispose de ses particularités, car chacune a été imaginée et aménagée en fonction du relief et de la végétation naturellement présente. Cela fait aussi partie de la conception intégrée à l’environnement qui nous est chère au Ottus Ranch.

L’équi-piste de la vallée est installée sur une parcelle de 6ha, divisée en 6 parcelles. Cette équi-piste dispose d’une piste de 1km de long pour une largeur comprise entre 3 et 5m et compte 10 zones plus larges et 18 points d’intérêts alimentaires (poteau sur lequel un filet à foin peut être accroché). Cette piste dispose d’un abri artificiel, un « faux arbre » pour se gratter, un point d’eau artificiel, ainsi qu’un espace de roulade.

L’équi-piste de l’étang est installée sur une parcelle de 8 ha, divisée en plusieurs parcelles. Une piste de moins de 2km chemine sur la parcelle (largeur entre 2m et 6m) et conduit les chevaux vers 7 espaces plus large où se trouve 11 points d’intérêts alimentaires. Les chevaux peuvent accéder à un point d’eau naturel, un abri artificiel, ainsi que plusieurs zones où ils peuvent accéder à des arbres pour se gratter ou s’abriter.

Il est important de ne pas oublier que le processus d’aménagement n’est pas statique. Comme mentionné en début de cet article : ce qui est statique disparaît, seul persiste ce qui s’adapte. Cela est valable pour les êtres vivants, mais également pour les méthodologies, les connaissances et bien sûr nos aménagements. Ainsi nous pratiquons une veille active au quotidien, c’est-à-dire que nous observons les comportements des chevaux pour détecter d’éventuels problèmes que nous essayons de corriger dans une perspective équine.

Pour formaliser le raisonnement, cela signifie qu’une analyse récurrente est réalisée afin d’évaluer l’adéquation entre les aménagements et le comportement des chevaux. Si une anomalie est détectée, une analyse situationnelle est entreprise. Lors de cette analyse situationnelle, nous décortiquons la situation en l’interprétant avec la perspective équine, puis nous mettons en place des mesures correctives.

Par exemple, nous constatons qu’un espace large est peu utilisé par les chevaux (on ne les y voit que rarement et il n’y pas de crottins à cet endroit) alors qu’il est imaginé pour que les chevaux s’y sentent bien et y reste. La prochaine étape sera de se demander qu’est-ce qui peut rendre l’endroit plus intéressant ou moins inintéressant pour les chevaux. En réflexion humaine, on pourrait se dire qu’il suffit de rajouter de la nourriture, mais est-ce aussi le cas si l’on se place dans une perspective « cheval » ? Pas forcément, en analysant l’endroit, on constate que la place n’offre pas un dégagé suffisant pour que les chevaux puissent voir les différentes possibilités de fuite. Ainsi le tracé de la piste est modifié pour leur offrir la possibilité de se positionner différemment et d’apercevoir les différents voies d’accès. Depuis la modification, on observe les chevaux à cet endroit et l’on y trouve des crottins.

Nous développerons l’aspect du processus continu d’amélioration de l’aménagement, ainsi que les différents facteurs permettant d’inférer le comportement des chevaux, dans un autre article (à chaque lecture suffit sa peine).

Au delà des mots, cela signifie qu’il faut rester ouvert aux feed-back fournis par les chevaux et toujours chercher des solutions allant dans le sens des besoins fondamentaux des chevaux.

Ces quelques explications clôturent la partie consacrée au « comment ». Ainsi nous avons donc mis notre énergie pour aménager un système d’hébergement constituant un environnement de vie qui se rapproche le plus possible des besoins fondamentaux des chevaux que nous appelons le monde des chevaux.

Ceci permet d’ouvrir une courte parenthèse (si, si, promis) et d’approfondir la question soulevés ci-dessous sur ce que j’appelle le monde des chevaux. En parallèle à ce monde, co-existe le monde des humains, qui répond aux besoins des humains. Ces mondes, comme je les appelle, sont l’environnement physique et émotionnelle qui correspondent aux besoins des différents acteurs. A l’interface entre le monde des humains et le monde des chevaux se trouve une zone correspond aux besoins des chumains. Cette zone, où chevaux et humains interagissent, est extrêmement riche et intéressante (tout comme en permaculture, ce sont les zones à l’interface entre deux espaces qui sont les plus riches).

Mais pourquoi séparer ces deux mondes ? L’humain et le cheval n’ont pas les mêmes besoins, ni le même fonctionnement et cela serait un affront aux chevaux que de les anthropomorphiser. Ce sujet sera approfondi dans un prochain article (fin de la parenthèse comme promis).

Venons-en aux questions du « où » et du « combien ».

Nous n’avons souvent qu’un choix limité quant à la première question, le monde des possibles n’est pas infinis dans l’espace dans lequel nous vivons et nous sommes souvent contraint d’aménager nos infrastructures où cela est possible compte tenu des contraintes administratives ou financières. Toutefois si l’on a le luxe de pouvoir choisir un terrain, j’opterais pour un terrain vallonné, mais disposant de surface plane, avec un végétation variée, des ressources hydriques et de bosquets pouvant servir d’apport fourrager, de lieu de vie abrité. Le Ottus Ranch regroupe la plupart des ces qualités, bien que nos ressources arboricoles soient faibles. Ainsi ces prochaines années, nous nous engageons dans une plantation massive de haies, brise-vent et fourragères, afin de développer nos ressources arboricoles. Une évolution vers l’agro-foresterie est aussi envisagée.

Et « combien ? » C’est une question récurrente, combien de cheval sur quelle surface ? La sagesse campagnarde disait 1 hectare pour 1 cheval, est-ce toujours vrai ? Oui et non, en fait ça dépend de beaucoup de choses.

Au Ottus Ranch, notre facteur limitant est la taille des abris : nous souhaitons que chaque cheval puisse trouver une place dans un abri si les conditions météorologiques le nécessitent. Le second facteur limitant est la longueur de la piste, ainsi que la superficie des espaces larges. Une piste de 2km ne comportant que deux zones de petite taille ne pourra pas accueillir autant d’équidés qu’une installation de 600m comptant de nombreuses zones larges et accueillantes. Le dernier critère, et pas des moindres, est la capacité à abreuver et alimenter les équidés présents : compte-t-on uniquement sur l’herbe ? Combien de tonnes de foin ai-je à ma disposition ?

Il y a de nombreuses autres questions à développer : que faire des crottins ? Comment favoriser la circulation sur les pistes ? Ces questions allongerait cet article, mais elles trouveront leur place dans de futurs articles.

 

One thought on “L’hébergement de chevaux : où, quand, comment ?

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