Qu’en est-il au Ottus Ranch ? Quelques réponses :

Lorsque l’on parle d’hébergement de chevaux, de nombreuses questions viennent habituellement à l’esprit : Comment faire pour que les chevaux soient bien (en fait ça veut dire quoi bien) ? Comment aménager leur espace de vie ? Comment faire pour que ça ne me prenne pas trop de temps ? Comment faire pour qu’ils mangent équitablement ? Etc. Etc.

La liste peut être longue, et vous qui hébergez des chevaux chez nous ou qui avez le projet de le faire, vous en avez sûrement des centaines d’exemples qui vous passent par la tête… Jusque là, rien de plus normal, c’est même un processus tout à fait sain de se poser des questions avant de se retrouver avec les chevaux devant chez soi, sans avoir clôturé un espace pour eux, ni trouver comment les nourrir et les abreuver.

Avez-vous remarqué que la majorité de ces questions, commencent inlassablement par le même mot : comment ?

Les échanges entre « hébergeurs » de chevaux peuvent ressembler parfois à une partie de ping-pong, à une question : « COMMENT tu fais pour distribuer ton foin ? », l’interlocuteur réplique par « et toi, COMMENT tu gères les crottins ? » et ces échanges peuvent durer de longues minutes. Heureusement pour détendre l’atmosphère, parfois d’autres types de question  apparaissent : « OÙ as-tu installé ton râtelier ? » ou « COMBIEN de jours dure une botte de foin? »

Il est toujours bon d’échanger des pratiques, surtout si elles sont bonnes, mais le plus frustrant c’est qu’il n’y a pas de solution unique. Ou si on a l’impression qu’une solution unique se dégage, c’est que l’interlocuteur est un bon vendeur et qu’il exporte à merveille la solution qui convient à son environnement, mais pas forcément au vôtre. Chaque situation mérite une réponse contextualisé nourrie par une analyse de la situation, nous y reviendrons.

Donc comment ? Où ? Combien ? Cela commence à faire quelques questions. La question du « quand » se pose rarement ; pour la plupart, et c’est souvent mon cas, « quand » c’est immédiatement, ou dans un avenir très proche.

Ce sont des questions que tous les propriétaires d’équidés se sont posées un jour, nous également et que nous continuons à nous nous poser. Le but de cet article est de partager la réflexion qui nous a amené à mettre en place le système d’hébergement sur piste tel qu’il existe actuellement au Ottus Ranch. Ce qui va plus nous intéresser dans cet article, ce n’est ni la situation actuelle, ni les aménagements réalisés -ḅien que nous les aborderons rapidement-, mais la démarche qui nous a amené vers ce système et sa mise en œuvre. Système qui a déjà évolué depuis sa mise en place début 2016 et qui continuera à évoluer à la lumière de nos observations et de nos analyses. Première parenthèse, inspirée notamment de la permaculture, un des aspects les plus fabuleux lorsque l’on œuvre avec et pour des êtres vivants : c’est que la seule chose prévisible, c’est l’imprévisible. C’est l’essence même de la vie, évoluer en fonction du système auquel on fait partie, des contraintes auxquels on est soumis. Proposer un système rigide, « mort », à un être vivant, c’est l’entraîner vers sa propre perte.

Avant de s’attaquer à comment, où et combien. Nous allons commencer le tour de ces questions par « pourquoi ». C’est peut-être la question la moins évidente, et celle que l’on se pose le moins souvent… Mais il est bon de se rappeler, de temps en temps, pourquoi est-ce qu’on héberge des chevaux. Que ça soit en tant que simple propriétaire d’équidés, gérant de structure ou dans un rôle situé quelque part entre ces deux statuts.

Oui, donc, pourquoi ?

Que ce soit par passion pour ce noble animal, par conviction, par intérêt économique (un revenu professionnel, un revenu accessoire, héberger son cheval à domicile pour ne pas payer une pension), par praticité, par obligation, ou pour une autre chose, les raisons qui nous poussent à héberger des chevaux peuvent être complexes, variées et souvent interconnectées. Nous n’allons pas entrer dans le détail de ces différentes raisons, chacune pouvant être justifiée à un moment donné. Toutefois, je vous invite à vous demander régulièrement si les raisons qui vous ont poussé à héberger des chevaux sont toujours en phase avec votre situation actuelle, vos envies et vos besoins. Et si ce n’est pas le cas, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour y remédier ?

Au Ottus Ranch, l’hébergement des chevaux fait partie de la mission que nous avons souhaité donné à ce lieu : « héberger chevaux et humains pour des séjours instructifs ou récréatifs ». L’hébergement de chevaux fait donc partie des fondamentaux pour notre structure, mais dans quel but ? En tout premier, nous hébergeons nos propres chevaux. Ces derniers ont eu un rôle important dans le choix de notre professionnalisation dans ce secteur d’activité. De là est apparu clairement que notre motivation principale sera de proposer à nos chevaux un cadre de vie qui encourage l’expression de leurs comportements innés dans un système visant à répondre à leurs besoins physiologiques. Une fois ce choix entériné, deux nouvelles motivations sont devenues des évidences pour nous :

  • faire partager la joie de la vie en troupeau à nos chevaux
  • permettre à d’autres chumains (mot valise faisant référence au couple cheval – humain) de bénéficier de la formule d’hébergement que nous proposons, au coeur de la nature, respectueux des besoins des chevaux et des cavaliers.

L’hébergement de chevaux est une activité encadrée par des règles juridiques, mais également des règles pas forcément obligatoires, mais éthiques, comme les notions de bien-être animalier. Tandis que la France compte des règles sur la détention des animaux dans le Code Rural, ainsi que quelques règles spécifiques aux équidés dans le Code des Sports. Celui-ci ne s’appliquant qu’aux centres équestres.

D’autres nombreux pays ont établis des règles, souvent juridiquement contraignantes, concernant la détention des animaux, et plus particulièrement les équidés. L’IFCE récapitule ces informations dans une fiche.

http://www.haras-nationaux.fr/information/accueil-equipaedia/reglementation/detenteurs-et-proprietaires/reglementation-relative-a-la-protection-et-au-respect-de-lanimal.html

On peut citer, par exemple, le Droit Suisse qui consacre une loi entière à la protection des animaux qui promeut quelques principes, par exemple l’article 6 de la-dite loi contraint «Toute personne qui détient des animaux ou en assume la garde doit, d’une manière appropriée, les nourrir, en prendre soin, leur garantir l’activité et la liberté de mouvement nécessaires à leur bien-être et, s’il le faut, leur fournir un gîte. » Ainsi qu’une ordonnance d’application qui interdit notamment l’utilisation de barbelé pour les chevaux (article 63) ou l’interdiction de détenir des équidés à l’attache (article 59), donc pas de stalle. On voit ici que la législation impose des directives claires en matière de bien-être aux gestionnaires d’hébergements d’animaux, il est existe également de nombreux textes juridiquement non contraignants. Le plus connu est probablement les 5 règles instaurées édictées en 1992 par l’Animal Welfare Council :

  1. Ne pas souffrir de la faim ou de la soif – accès à de l’eau fraîche et à une nourriture adéquate assurant la bonne santé et la vigueur des animaux.
  2. Ne pas souffrir d’inconfort – environnement approprié comportant des abris et une aire de repos confortable.
  3. Ne pas souffrir de douleurs, de blessures ou de maladies – prévention ou diagnostic rapide et traitement.
  4. Pouvoir exprimer les comportements naturels propres à l’espèce – espace suffisant, environnement approprié aux besoins des animaux, et contact avec d’autres congénères.
  5. Ne pas éprouver de peur ou de détresse – conditions d’élevage et pratiques n’induisant pas de souffrances psychologiques.

En France, nous trouvons notamment la Fédération Nationale du Cheval (FNC) qui a édicté une charte qui a été signée par les représentants de professionnels de la filière équine française.

www.fnc.fnsea.fr/toutes-les-thematiques/bien-etre-equin/charte-bee/articles/charte-signee/

On peut également citer l’association Equi-Pistes qui réunit particuliers et professionnels autour de valeurs communes concernant le respect des besoins fondamentaux du cheval dans son hébergement. Cette association a édité une charte à laquelle ses membres adhèrent.

www.equi-pistes.fr

Le charte comporte 3 volets chacun consacré à un thème formant le triangle relationnel (cheval – humain – environnement) de l’hébergement des équidés. La partie consacrée aux chevaux est retranscrite ci-dessous, je vous invite à aller lire l’ensemble de la charte sur le site de l’association.

Connaître et respecter le cheval :

  • Permettre au cheval de vivre en extérieur avec des congénères et l’encourager à se déplacer
  • Veiller à son confort et à sa sécurité
  • Apporter une alimentation en cohérence avec sa physiologie pour renforcer sa santé naturellement
  • Apporter les soins réguliers nécessaires (entretien des pieds, des dents, etc.)

Après avoir lu ces quelques lignes, on se dit que l’on est conforté dans notre choix de mettre en place un hébergement de chevaux qui tient compte de tous ces critères de bien-être afin que notre compagnon poilu, et ses copains, y soient bien. On a déjà les grandes lignes de ce qu’on doit faire, respectivement de ce qu’on doit éviter. C’est pas mal, par contre il reste beaucoup de questions (de comment) à éliminer avant de se lancer dans ce travail, chronophage, il ne faut pas se le cacher.

Pour faciliter la découverte de ces réponses, je vous invite à nous intéresser à un élément récurrent entre ces deux différentes chartes : l’équidé. Après avoir traité le « pourquoi », intéressons-nous au « pour qui » ? Cette seconde question nous fournira des éléments qui seront essentiels pour ajuster nos idées humaines au mode de vie des chevaux quand nous aborderons le « comment ». Cela nous permettra d’éviter de penser humain lorsqu’il s’agira de penser cheval concernant des questions d’aménagement de l’espace de vie des chevaux.

Répondons donc à cette question simple, en apparence en tout cas…

Au fait, cheval, qui es-tu ?

Le cheval serait, à la lumière des dernières recherches, le lointain descendant d’eohippus. Également appelé hyracotherium, ce petit mammifère, de la taille d’un renard vivait en zone forestière il y a environ 60 à 45 millions d’années. Il se nourrissait de jeunes pousses d’arbres, marchait sur des coussinets (comme les chiens) et 4 doigts.

C’est un chemin long de près de 50 millions d’années qui conduit vers equus (environ 4 millions d’année), l’ancêtre direct de l’équidé moderne. Tout au long de ce parcours, cela signifie qu’environ 10 millions de générations de lointains parents à notre compagnon préféré se sont succédé. Cela signifie qu’il y a eu un nombre gigantesque d’essais-erreurs qui ont permis à l’espèce de s’adapter aux changements liés à l’environnement et de sélectionner les individus les plus adaptés. Equus ferrus, le cheval sauvage à l’aube de sa domestication, vivait dans les steppe d’Asie, avec une nourriture variée, mais pauvre. Il avait donc de grandes distances à parcourir quotidiennement pour trouver la nourriture nécessaire à sa survie et à sa reproduction.

Pour l’anecdote, les derniers travaux consultés indiquent qu’eohippus et ses descendants étaient présents à de nombreux endroits sur le globe, mais que c’est très probablement la branche qui s’est retrouvée sur le continent américain qui a engendré le cheval moderne. Pourtant quand les Européens ont accosté sur le continent au 15ème siècle, les chevaux n’étaient plus présent. L’hypothèse la plus vraisemblable est que sous la pression des prédateurs, dont le tigre à dents de sabre (rappellez-vous de l’Âge de Glace), de changements climatiques, d’événements sismiques, et peut-être de l’homme, le cheval a disparu du continent américain il y a environ 16’500 ans. La branche américaine aurait donc gagné les steppes asiatiques par le Détroit de Béring, qui permettait lors de la dernière glaciation un passage aisé entre les continents américain et eurasien. C’est par ce même passage que les hommes sont arrivés sur le continent américain il y a environ 16’000 ans.

La fin de l’histoire du cheval sauvage coïncide avec la début de celle du cheval domestique. N’oublions pas quelques outsiders que l’on peut nommer des chevaux naturels (des chevaux domestiques qui sont retournés à l’état sauvage, comme par exemple les mustangs qui ont trouvé un environnement dans les étendues étasuniennes, quelques dizaines de milliers après que les chevaux aient disparus du continent américain) ou des chevaux ferraux dans l’est de l’Europe ou dans les steppes asiatiques. Cette distinction entre cheval sauvage et cheval domestique peut sembler importante, car tandis que le cheval sauvage est issu de l’adaptation de l’espèce à un environnement, le cheval domestique a été influencé par des choix humains sur la base de critères qui n’étaient peut-être pas ceux qui auraient été retenus par la nature en guise d’adaptabilité à l’environnement.

Prenons un peu de recul, et comparons les manipulations humaines en regard de l’histoire d’Equus. Le cheval naturel, pour les plus anciennes souches, elles ont pu profité d’environ 450 ans de retour à la nature, soit entre 100 et 120 générations, ce qui est négligeable en regard des 10 millions de générations mentionnées précédemment. Le constat est le même pour le cheval domestique, bien que l’on observe régulièrement des chevaux dont le métabolisme est en conflit avec leur environnement de vie (quand on pense Cushing, Syndrome Métabolique Equin, etc.). Toutefois l’histoire du cheval domestique est constituée d’environ 1.100 générations de chevaux qui se sont succédé depuis les débuts de la domestication, environ 3.500 ans avant notre ère. En regard des millions de générations citées précédemment, c’est une pièce de 2 euros posée sur la tranche au pied de la Tour Eiffel.

http://www2.cnrs.fr/presse/communiqe/1549.htm

Cette petite parenthèse généalogique nous permet de comprendre que bien que les chevaux aient pu être influencés par les choix des éleveurs, l’influence humaine sur la génétique du cheval est relativement restreinte en regard de l’influence de son environnement durant des dizaines de milliers d’années.

Mais, me direz-vous, qu’en est-il des chevaux dont le métabolisme est en conflit avec leur environnement ? Le problème n’est pas à chercher du côté de la génétique du cheval qui n’est pas adapté à l’environnement, mais de l’environnement qui n’est plus adapté à la génétique du cheval. On peut raisonnablement penser que ce sont les changements apportés depuis la seconde partie du 20e siècle (utilisation massive d’intrants pétro-chimiques, monoculture, disparition des haies, diminution des espaces, déplacements massifs et aisés des animaux grâce aux transports modernes, etc.) qui ont contribué à l’émergence d’inadéquation plutôt que la modification brutale de la génétique du cheval.

Intéressons nous donc en quelques lignes à la physiologie du cheval pour mieux comprendre son fonctionnement, ses besoins. Ces observations vont nous apporter des réponses pour l’aménagement d’un lieu d’hébergement adapté.

Le présence des deux yeux sur les côtés de sa tête indiquent que le cheval vient d’un environnement ouvert où il doit pouvoir surveiller sur un large champ, donc potentiellement exposé à des prédateurs. C’est un animal de proie. Un animal qui restera craintif et, pour la plupart des individus, répondra à une attaque ressentie par la fuite. Il faut donc que son système d’hébergement lui permette d’exprimer ce comportement.

L’estomac du cheval est de petite contenance (en regard de sa taille) sa digestion est principalement bactérienne (pour la digestion de fibres provenant d’herbe, foin, écorces, bois) et très accessoirement enzymatique (pour lui permettre de digérer ainsi une faible quantité de glucides non structuraux (fructane ou amidon) ou de sucres simples issus de fruits. Il ne s’agit pas d’un ruminant, il ne possède qu’un seul estomac.

En regard de la vie de nomade dans les steppes, tout cela semble logique : les steppes sont des endroits disposant de peu de cachettes pour un animal de proie comme le cheval : lorsqu’il s’agit d’échapper à un prédateur le cheval doit donc être léger et rapide pour courir vite, un estomac chargé ne le permettrait pas ! De ce fait le cheval doit manger très régulièrement (plus de 16h par jour selon la majorité des études menées) afin de satisfaire ses besoins énergétiques.

Sa physiologie digestive a également été influencée par la nourriture qu’il avait à sa disposition dans son environnement : principalement des herbes pauvres, des herbes sèches en hiver, de la mousse, des lichens, de l’écorce, des branches, etc. Des grains issus de céréales, oui, mais quelques semaines par année, idem pour les fruits. Tout cela est une nourriture d’exception pour le cheval. D’autant plus que dans l’environnement sauvage, il n’avait pas de vergers, ni de champ de blé, il s’agissait d’un épi par ci et par là, idem pour les arbres fruitiers, au milieu d’une diversité de végétaux. Nous l’avions soulevé quelques lignes plus haut, l’humain avec l’essor de l’agriculture a modifié l’environnement du cheval en mettant à sa disposition de nombreuses ressources alimentaires auxquelles il n’avait historiquement accès que très occasionnellement. Il est donc logique que le système digestif équin ne soit pas conçu pour traiter de grandes doses de sucre. En regard de l’efficience d’un organisme vivant dans un environnement hostile, disposer d’un organe qui n’est utilisé que quelques semaines par année est encombrant.

De ce fait, le cheval doit disposer d’une nourriture à volonté (petit estomac), mais diversifiée et surtout riche en fibres plutôt qu’en sucre (plus de digestion bactérienne qu’enzymatique). Son biote (flore intestinale) est conçu pour décomposer et transformer en éléments assimilables des fibres qui proviennent de tiges de graminées, d’écorce ou encore de bois (fibro-ligneuse). Pour l’hébergeur cela implique, d’éviter l’herbe sucrée du printemps et de l’automne, mais également de fournir une nourriture variée et de lui proposer des fourrages variés comme des arbres fourragers.

http://www.equi-pistes.fr/arbres-fourragers

Nous en parlions avant, le cheval est un animal nomade, ses ressources sont dispersées, il est soumis continuellement à un stress de la part de son environnement. Dans un environnement humanisé, en l’absence de prédateurs et de contraintes, il est tout de même nécessaire pour lui de se déplacer continuellement dans un environnement avec des stimulations pour garder ses sens en éveil. La phrase « le cheval se déplace pour manger et mange pour se déplace », énoncée par le Dr. Eric Ancelet, résume à merveille le fonctionnement du cheval. La bonne compréhension de cette phrase est une clef pour la construction d’un système d’hébergement à même de répondre aux besoins des équidés.

En résumé, le cheval est un végétivore (qui mange des végétaux), qui a besoin de mouvement, de contact sociaux, d’alimentation adaptée, de pouvoir fuir et de stimulation physique et psychique, telles sont nos lignes directrices pour l’aménagement de l’environnement des équidés. Pour nous au Ottus Ranch, comprendre qui est le cheval et d’où il vient, c’est lui garantir un hébergement adapté à ses besoins. En quelque sorte répondre à la question « pour qui » revient à répondre à la question « comment ».

De « pour qui ? » vers « comment ? »

D’autres individus ou groupes d’individus sont également parvenus au même constat (et bien avant nous) et ont proposé des modèles d’aménagement d’environnement de chevaux. Le modèle le plus connu est probablement le Paddock Paradise®. Ce système, proposé par Jaime Jackson, s’inspire des observations qu’il a mené sur des mustangs dans la région de Great Bassin aux Etats-Unis. Le modèle propose de mettre en réseau différents espaces, comportant les ressources nécessaires à la vie du cheval (nourriture, eau, abri, jeu, etc.) grâce à des couloirs de quelques mètres de large. Répartir les ressources invite le cheval à se déplacer pour assouvir ses besoins. Toutefois d’autres modèles existent également, leur dénominateur commun est d’inviter au mouvement les chevaux en éloignant les ressources, la plupart proposent également d’avoir un regard attentif sur l’alimentation des chevaux.

Au Ottus Ranch, nous avons choisi pour notre hébergement de choisir le modèle proposé par l’association Equi-Pistes. En 2018, l’association a défini son système d’hébergement ainsi :

Une équi-piste est un système d’hébergement dont l’objectif principal est d’inviter les équidés à l’expression d’un mouvement fluide et continu. Il s’inscrit dans une démarche éthique globale souhaitant répondre aux différents besoins de l’espèce équine, mais également de préserver, voire d’améliorer, l’environnement dans lequel ils évoluent. Ce système doit aussi conduire à une charge de travail raisonnable et adaptée pour l’utilisateur.

Un cahier des charges a été rédigé afin de donner des lignes directrices, je vous invite à aller consulter pour plus d’informations.

Cahier des charges : qu’est-ce qu’une équi-piste ?

Au-delà de l’hébergement du cheval, au sens strict, la vision proposée par cette association est de donner au cheval un rôle actif de la gestion de son environnement ; le tout sans oublier des respecter l’humain. Dans cet article, nous allons surtout nous concentrer sur l’aménagement des espaces de vie, les relations entre chevaux, environnement et humain seront abordés dans un prochain article.

Et concrètement ?

Le Ottus Ranch dispose de deux équi-pistes aménagées selon les principes du cahier des charges : des espaces plus larges reliées entre eux par des pistes. La notion d’espace larges est essentielle, on pourrait limiter la perception d’un hébergement sur piste à ses pistes, toutefois cela serait une erreur. Les chevaux vivent, mangent, jouent, boivent, dans les espaces larges. Les pistes ne sont que des espaces de transit et non des lieux de vie. C’est pourquoi il est important que celle-ci ne soient pas trop larges, elles doivent inviter au mouvement.

Les chevaux vivent en extérieur toute l’année, en groupe. L’aspect sécuritaire est primordial pour nous, les pistes sont conçues de façon à ce qu’il n’y ait pas de cul de sac, afin de laisser la possibilité au cheval d’exprimer ses instincts de fuite s’il le juge nécessaire. Un soin particulier est porté aux clôtures et à leur entretien. Nous visons également à établir une relation de confiance avec tous les chevaux, notamment en croisant leur chemin plusieurs fois par jour dans leur espace de vie.

La notion d’espace de vie, celui des chevaux, celui des humains et leur interface est très importante au Ottus Ranch et nous y nous reviendrons un peu plus loin dans cet article. Une relation de confiance, basée sur le natural horsemanship et certains principes véhiculés par l’équitation dite éthologique, guide notre façon d’interagir avec le cheval. Notre approche permet d’avoir une relation harmonieuse et sans rapport de force, lorsqu’il s’agit de contrôler que le cheval est en bonne santé ou lors de soins essentiels. out cela sans prise de risque, ni pour le cheval, ni pour l’humain.

Les équidés disposent d’une alimentation à base de différents types de fourrages secs ou frais en fonction de la période de l’année. En effet, la gestion de l’alimentation est réfléchie en fonction des besoins nutritifs des chevaux, du stade végétatif des plantes, du respect d’un temps de repos suffisamment important pour ne pas nuire à la bio-diversité. Pour ce faire, nous gérons nos prés selon un principe inspiré du pâturage tournant.

Chaque équi-piste dispose de ses particularités, car chacune a été imaginée et aménagée en fonction du relief et de la végétation naturellement présente. Cela fait aussi partie de la conception intégrée à l’environnement qui nous est chère au Ottus Ranch.

L’équi-piste de la vallée est installée sur une parcelle de 6ha, divisée en 6 parcelles. Cette équi-piste dispose d’une piste de 1km de long pour une largeur comprise entre 3 et 5m et compte 10 zones plus larges et 18 points d’intérêts alimentaires (poteau sur lequel un filet à foin peut être accroché). Cette piste dispose d’un abri artificiel, un « faux arbre » pour se gratter, un point d’eau artificiel, ainsi qu’un espace de roulade.

L’équi-piste de l’étang est installée sur une parcelle de 3,5 ha, divisée en plusieurs parcelles. Une piste d’environ 1km chemine sur la parcelle (largeur entre 2m et 6m) et conduit les chevaux vers 7 espaces plus large où se trouve 11 points d’intérêts alimentaires. Les chevaux peuvent accéder à un point d’eau naturel, un abri artificiel, ainsi que plusieurs zones où ils peuvent accéder à des arbres pour se gratter. Cette équi-piste va évoluer très prochainement pour intégrer une nouvelle parcelle, après les travaux elle sera installée sur une parcelle de 8ha avec une piste de près de 1,5 km.

Il est important de ne pas oublier que le processus d’aménagement n’est pas statique. Comme mentionné en début de cet article : ce qui est statique meurt, seul survit ce qui s’adapte. Cela est valable pour les êtres vivants, mais également pour les méthodologies, les connaissances et bien sûr nos aménagements. Ainsi, nous observons au quotidien les comportements des chevaux pour détecter d’éventuels problèmes que nous essayons de corriger dans une perspective équine.

Pour formaliser le raisonnement, cela signifie qu’une analyse récurrente est réalisée afin d’évaluer l’adéquation entre les aménagements et le comportement des chevaux. Si une anomalie est détectée, une analyse situationnelle est entreprise. Lors de cette analyse situationnelle, nous décortiquons la situation en l’interprétant avec la perspective équine, puis nous mettons en place des mesures correctives.

Par exemple, nous constatons qu’un espace large est peu utilisé par les chevaux (on ne les y voit que rarement et il n’y pas de crottins à cet endroit) alors qu’il est imaginé pour que les chevaux s’y sentent bien et y reste. La prochaine étape sera de se demander qu’est-ce qui peut rendre l’endroit plus intéressant ou moins inintéressant pour les chevaux. En réflexion humaine, on pourrait se dire qu’il suffit de rajouter de la nourriture, mais est-ce aussi le cas si l’on se place dans une perspective « cheval » ? Pas forcément, en analysant l’endroit, on constate que la place n’offre pas un dégagé suffisant pour que les chevaux puissent voir les différentes possibilités de fuite. Ainsi le tracé de la piste est modifié pour leur offrir la possibilité de se positionner différemment et d’apercevoir les différents voies d’accès. Depuis la modification, on observe les chevaux à cet endroit et l’on y trouve des crottins.

Nous développerons l’aspect du processus continu d’amélioration de l’aménagement, ainsi que les différents facteurs permettant d’inférer le comportement des chevaux, dans un autre article (à chaque lecture suffit sa peine).

Au delà des mots, cela signifie qu’il faut rester ouvert aux feed-back fournis par les chevaux et toujours chercher des solutions allant dans le sens des besoins fondamentaux des chevaux.

Ces quelques explications clôturent la partie consacrée au « comment ». Ainsi nous avons donc mis notre énergie pour aménager un système d’hébergement constituant un environnement de vie qui se rapproche le plus possible des besoins fondamentaux des chevaux que nous appelons le monde des chevaux.

Ceci permet d’ouvrir une courte parenthèse (si, si, promis) et d’approfondir la question soulevés ci-dessous sur ce que j’appelle le monde des chevaux. En parallèle à ce monde, co-existe le monde des humains, qui répond aux besoins des humains. Ces mondes, comme je les appelle, sont l’environnement physique et émotionnelle qui correspondent aux besoins des différents acteurs. A l’interface entre le monde des humains et le monde des chevaux se trouve une zone correspond aux besoins des chumains. Cette zone, où chevaux et humains interagissent, est extrêmement riche et intéressante (tout comme en permaculture, ce sont les zones à l’interface entre deux espaces qui sont les plus riches).

Mais pourquoi séparer ces deux mondes ? L’humain et le cheval n’ont pas les mêmes besoins, ni le même fonctionnement et cela serait un affront aux chevaux que de les anthropomorphiser. Ce sujet sera approfondi dans un prochain article (fin de la parenthèse comme promis).

Venons-en aux questions du « où » et du « combien ».

Nous n’avons souvent qu’un choix limité quant à la première question, le monde des possibles n’est pas infinis dans l’espace dans lequel nous vivons et nous sommes souvent contraint d’aménager nos infrastructures où cela est possible compte tenu des contraintes administratives ou financières. Toutefois si l’on a le luxe de pouvoir choisir un terrain, j’opterais pour un terrain vallonné, mais disposant de surface plane, avec un végétation variée, des ressources hydriques et de bosquets pouvant servir d’apport fourrager, de lieu de vie abrité. Le Ottus Ranch regroupe la plupart des ces qualités, bien que nos ressources en arbre soient faibles. Ainsi ces prochaines années, nous nous engageons dans une plantation massive de haies, brise-vent et fourragères, afin de développer nos ressources arboricoles. Une évolution vers l’agro-foresterie est aussi envisagée.

Et « combien » ? C’est une question récurrente, combien de cheval sur quelle surface ? La sagesse campagnarde disait 1 hectare pour 1 cheval, est-ce toujours vrai ? Oui et non, en fait ça dépend de beaucoup de choses.

Au Ottus Ranch, notre facteur limitant est la taille des abris : nous souhaitons que chaque cheval puisse trouver une place dans un abri si les conditions météorologiques le nécessitent. Le second facteur limitant et la longueur de la piste, ainsi que la superficie des espaces larges. Une piste de 2km ne comportant que deux zones de petite taille ne pourra pas accueillir autant d’équidés qu’une installation de 600m comptant de nombreuses zones larges et accueillantes. Le dernier critère, et pas des moindres, est la capacité à abreuver et alimenter les équidés présents : compte-t-on uniquement sur l’herbe ? Combien de tonnes de foin ai-je à ma disposition ?

Il y a de nombreuses autres questions à développer, mais qui allongerait inutilement cet article : que faire des crottins ? Comment favoriser la circulation sur les pistes ? Etc.

Si ce texte vous a interpellé, n’hésitez pas à le commenter avec vos réactions ou vos propres expériences.

Nous l’avons vu, c’est un sacré défi auquel s’expose le propriétaire concerné par le bien-être de son cheval… Ensemble on va plus loin dans la réflexion, c’est pourquoi nous vous invitons à consulter le programme des stages et ateliers que nous accueillons au Ottus Ranch. Certains stages sont donnés par des professionnels invités, d’autres donnés par notre soin, par l’intermédiaire du Centre de Formation Holistique pour Propriétaires d’Équidés.

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